Église Saint Martin, 150 ans d’histoire
Lieu de culte chargé de souvenirs et témoin de l'évolution de la ville à travers les siècles, l'église Saint-Martin demeure l'un des principaux éléments de patrimoine de Maromme. Au travers de ce dossier thématique (re)découvrez son histoire et les grandes figures qui l'ont marquée.
À l’origine, il existait à Maromme trois édifices religieux distincts affectés au culte catholique : deux chapelles (Saint-Sulpice et Saint-Gulfran) – situées dans le quartier du “Petit Maromme” et à la Maine – ainsi qu’une petite église placée sous le patronage de Saint Martin. Par suite du délabrement de Saint-Sulpice, au début du XVIIIe siècle, l’archevêque de Rouen Monseigneur d’Aubigné prit la décision de célébrer les offices dans l’église Saint-Martin. Ce changement relève également de l’évolution urbanistique et démographique d’une ville en plein développement, où le commerce et l’artisanat sont alors florissants. Peu à peu, la population va donc abandonner les deux chapelles qui vont passer au second plan. L’une sera vendue à la Révolution, quand l’autre deviendra pour quelque temps un lieu de pèlerinage local.
Les premières traces de l’église Saint-Martin remontent à la deuxième moitié du XIIIe siècle, si l’on se réfère aux écrits de l’archevêque de Rouen Eude Rigaud. Il s’agissait certainement d’une petite église de style gothique, très différente de celle d’aujourd’hui. Un recensement, réalisé en 1793, la dépeint à l’époque comme un édifice « pauvre et sans caractère », modeste tant sur le plan de ses dimensions que de ses ornements. Au XIXe siècle, l’église ne cesse de se dégrader – faute de restauration – et voit même l’une de ses cloches tomber sur la chaussée en 1836. Le conseil de fabrique, organe délibérant composé d’ecclésiastiques et de laïcs, décide donc de faire construire une nouvelle bâtisse, toujours dédiée à Saint Martin, sur le site de l’actuel lieu de culte. Pour mener à bien ce chantier, les responsables locaux vont faire appel à Jacques-Eugène Barthélemy, architecte renommé du diocèse de Rouen…
Membre respecté de l’académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Jacques-Eugène Barthélemy a acquis ses lettres de noblesse avec la réalisation de la basilique Notre-Dame de Bonsecours en 1844. L’architecte, spécialisé dans les édifices religieux néo-gothiques, connaît à cette époque un franc succès avec des constructions standardisées qu’il adapte en fonction des moyens des communes qui lui passent commande.
À Maromme, paroisse populaire, ce dernier fait ainsi le choix d’utiliser des matériaux simples et peu couteux, tout en parvenant à donner un aspect singulier à l’église grâce à un entrelacement de briques noires et rouges.
L’édifice, dont le chantier fut lancé en 1854, se caractérise en outre par une absence de transept, un clocher unique élevé sur la première travée de la nef, un chœur accompagné de deux chapelles latérales et une décoration intérieure homogène.
Sa construction s’achève après 17 ans de travaux, avec la bénédiction du Cardinal de Bonnechose le 25 août 1869. L’église de 48 mètres de haut et de 30 mètres de long va alors faire la renommée de la ville dans toute la vallée du Cailly pour son architecture et son programme iconographique, au point même d’être copiée dans la région de Rouen comme avec Saint-Martin de Oissel.
Cette campagne de travaux aura nécessité des moyens conséquents pour la commune et créé quelques remous. Au commencement, le budget avait en effet été estimé à 40 000 francs pour atteindre finalement la somme de 250 000 francs ! En outre, le financement du projet fut un sujet complexe, car le Conseil municipal de l’époque avait refusé d’y prendre part pour n’avoir pas été consulté en amont. Fort heureusement, un revirement de situation intervint en 1861, lorsque le Préfet du Département décida de prendre en charge un tiers du montant, suivi par la Mairie qui se chargea du deuxième tiers. La part restante fut assumée par une dynastie de tisserands prospères de la commune : la famille Berrubé, dont le nom a depuis été donné à l’une des rues adjacentes de l’église. Ces notables avaient selon leurs dires « une envie formelle de doter la commune d’un édifice remarquable ». Non contents de participer au financement des travaux, ils offrirent également les vitraux destinés aux chapelles de l’église, sur lesquels hommages et remerciements leur sont adressés.